Il est vrai que ce périple au long cours fut notre lune de miel ; et que, pendant 13 mois, nous avons sillonné le monde et découvert des pays fascinants ; mais notre Aven’tour fut bien plus qu’un voyage : ce fut une véritable expérience où nous avons souhaité quitter notre zone de confort pour nous recentrer sur l’Essentiel et donner à notre vie de jeunes mariés le sens que nous avions choisi – ou, plutôt, le sens qu’Il avait choisi pour nous : nous mettre au service des plus pauvres.

 

Que ce soit parmi nos proches avant le départ ou ceux que nous avons rencontrés au cours de notre Aven’tour, plusieurs personnes nous ont fait part de leur surprise ou de leur incompréhension face à cette volonté de tout quitter – notre travail, nos familles et amis, nos engagements associatifs et/ou politiques, notre magnifique pays, notre vie très heureuse et très occupée en région parisienne et nos téléphones portables (et oui c’est possible !). Nous ne pouvons pas vraiment l’expliquer mais pour nous cela fut comme un appel, une évidence : il nous fallait partir et quitter notre confort pour aller à la rencontre du Christ ; Christ que nous avons découvert dans les plus pauvres d’entre les pauvres et parmi les nombreuses personnes qui nous ont aidés lors de cette première année de mariage.

Quitter notre zone de confort pour mieux nous abandonner à la Providence

Lors de notre Aven’tour, nous voulions vraiment expérimenter la confiance en Dieu et en l’Homme en nous abandonnant à la Providence. Certes, cette dernière n’intervient pas par magie si l’on reste assis sur son canapé à regarder la télévision ou à s’indigner sur les réseaux sociaux, mais elle nous gâte au centuple si l’on accepte de se laisser guider et surtout si l’on part dans une démarche de don de soi.

 

Les 10 premiers jours de notre périple nous ont ainsi donné un élan incroyable pour la suite : nous avions décidé de rejoindre Casablanca, lieu de notre première mission chez les Missionnaires de la Charité, depuis Paris en stop et en faisant le pari de l’hospitalité. Peu de gens parmi notre entourage y croyaient mais j’avais la conviction que c’était possible ; 2 630 kilomètres, 34 voitures différentes et 10 jours plus tard, nous avions réussi notre pari ! Encore aujourd’hui, nous sommes très heureux de toutes les merveilleuses personnes que nous avons rencontrées grâce au stop et à notre souhait de dormir chez l’habitant. Cette démarche fut bien plus qu’un simple pari ; elle a incarné dès le début l’état d’esprit que nous voulions insuffler à notre Aven’tour : sortir de notre zone de confort pour nous abandonner entre les mains du Seigneur, pour compter sur la bonté et la générosité de l’Homme et pour ainsi faire l’expérience de la rencontre ! En 10 jours, nous avons tellement appris et vécu de choses incroyables et nous avons croisé tant de personnes merveilleuses… nous serions passés à côté de tout cela si nous avions préféré prendre l’avion !

Au-delà du côté grisant et aventurier que nous aimons beaucoup par ailleurs, cette démarche fut surtout une manière d’être en cohérence avec le mode de vie de Mère Teresa, qui s’abandonnait toujours à la Providence. Lorsqu’elle recevait de nombreux dons, elle donnait, donnait, donnait, plutôt que de garder pour le lendemain… « Demain, nous recevrons d’autres dons, j’ai confiance ! » disait-elle. A son image et à l’image des Missionnaires de la Charité, nous avons donc essayé de nous laisser guider par le Seigneur tout au long de notre Aven’tour !

 

Par la suite, nous avons continué à utiliser le stop comme principal moyen de transport et à privilégier les nuits chez l’habitant plutôt qu’en auberge ou à l’hôtel. Et bien le moins qu’on puisse dire, c’est que sur les 5 continents, la générosité des gens nous a émerveillés et restera une des grandes leçons de notre Aven’tour ! Cette immense chaîne d’entraide et d’amour nous a beaucoup touchés et nous sommes pleins de gratitude envers ces centaines de personnes qui nous ont ouvert les portes de leur cœur, de leur voiture ou de leur foyer alors que, la plupart du temps, ils ne nous connaissaient pas ! Ces superbes cadeaux de la Providence ont sublimé notre Aven’tour et resteront à jamais dans nos cœurs et dans nos mémoires. Un GRAND MERCI à eux !!!

 

Dans notre « vie d’avant », nous aimions tout prévoir, tout planifier, tout organiser – enfin surtout Inès, qui ne se séparait jamais de son agenda 😉 . L’année précédant notre départ fut intense en préparatifs : pour notre mariage bien sûr mais également pour ce voyage de noces d’un an ! Difficile de s’abandonner à la Providence quand nous passions des heures à organiser tout cela… En regard de cette année, notre Aven’tour a créé un contraste saisissant : nous avons vécu plus d’un an avec certes beaucoup de projets en tête mais très peu de certitudes ! Cette incertitude nous a permis de davantage savourer les petits bonheurs quotidiens et de profiter à fond du moment présent !

Quitter notre zone de confort pour mieux servir les plus pauvres

« Je ne suis pas venu pour les riches et bien portants mais pour les pauvres et les pécheurs ! » nous rappelle Jésus. Il allait toujours rencontrer les plus pauvres, les malades, les lépreux, les rejetés, les prostitués, les pécheurs….

 

A son image, Mère Teresa a quitté tout confort pour aller servir les plus pauvres d’entre les pauvres. En 1948, alors qu’elle était très heureuse en tant que supérieure du couvent Notre Dame de Lorette à Calcutta, Mère Teresa laissa tout pour répondre à l’appel de Dieu, qui lui demandait de s’occuper de ses frères démunis. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée seule dans les bidonvilles de Calcutta avec 10 roupies en poche. Au fil des années, elle créa sa propre congrégation : les Missionnaires de la Charité, qui regroupent aujourd’hui plus de 5 500 sœurs réparties dans plus de 800 maisons et 138 pays. Mère Teresa voulait que ses sœurs soient les « épouses du Christ crucifié », c’est-à-dire qu’elles expriment leur amour pour Jésus souffrant sur la croix à travers le service des plus pauvres d’entre les pauvres.

Comme le faisait la nouvelle sainte de son vivant, le Pape François nous appelle régulièrement à ne pas être « des catholiques de canapé » mais à aller vers les périphéries, à servir les plus pauvres, les rejetés, les mal-aimés ; c’est un message exigeant mais essentiel que nous sommes tous appelés à vivre. Nous avons donc choisi d’offrir cette première année de mariage pour partir et ainsi nous donner 100% aux plus démunis. Quitter la France et tout ce qui composait notre vie là-bas fut pour nous un moyen radical de nous rendre pleinement disponibles et d’aller là où les Missionnaires de la Charité avaient besoin de nous. Cela impliquait bien sûr d’accepter de ne pas tout maîtriser, de vivre pendant 1 an dans un confort matériel et surtout affectif minimum et de toujours poser un regard d’amour sur l’autre, même lorsque cet autre se trouvait dans une détresse abominable ; car sous ce manteau de misère, derrière cette apparence parfois effrayante, c’est le Christ que nous touchions. Aller vers le plus pauvres d’entre les pauvres implique une part d’effort mais nous avons toujours fait cet effort dans la joie car à travers cet orphelin de Santiago, à travers cet homme arrivant à moitié mangé par les vers dans le mouroir de Calcutta, à travers cette jeune Albanaise handicapée, c’était Jésus que nous aidions, que nous servions, que nous aimions.

 

Quitter notre confort nous a donc apporté énormément de joie ! Certes, pendant cette année de service, nos familles et amis nous ont beaucoup manqué, tout comme l’eau potable, les douches chaudes et la bonne gastronomie française ; et pendant cette année, tout n’a pas toujours été simple et évident – nous avons ressenti de grandes joies mais aussi beaucoup de tristesse, d’incompréhension, de doutes et d’interrogations ; mais je crois pouvoir dire que nous n’avons jamais été aussi heureux : heureux d’être là où nous devions être ; heureux de vivre concrètement le message de l’Evangile et de toucher le Christ à travers les plus pauvres ; heureux de pouvoir donner le plus de Joie et d’Amour possibles à ceux que nous rencontrions.

Dans quelques jours, nous serons de retour en France avec la volonté de mettre en pratique les nombreux enseignements de cette Aven’tour ; sortir de sa zone de confort en fait bien évidemment partie.

 

Sortir de sa zone de confort, cela ne veut pas forcément dire partir loin et ne vivre que d’amour et d’eau fraîche ; cela signifie avant tout dépasser le stade de l’indignation pour agir concrètement et s’engager, même si cela n’est pas toujours facile. J’en avais déjà la conviction avant de partir mais aujourd’hui, cela s’impose plus que jamais à moi comme une évidence. C’est bien beau de s’indigner de tout et de rien mais que faisons-nous contrairement pour changer les choses ? « Incarne le changement que tu veux pour le monde » disait Gandhi. Cette phrase, une de mes préférées, nous concerne tous. Nous pouvons tous aider notre prochain au jour le jour en commençant simplement par sourire à l’Autre, à celui qui passe ses journées sur le trottoir ou à la sortie du métro, à celui qui a besoin d’amour dans notre entourage, que ce soit parmi nos familles, nos amis ou nos voisins. Agissons, quittons dès maintenant notre zone de confort mais attention, il y a un risque : trouver le bonheur et expérimenter la Joie véritable !!

Albanie, avril 2017