A 1 mois du grand retour, nombreux sont ceux qui nous demandent comment nous appréhendons la fin de l’Aven’tour. Pour ne rien vous cacher, nous ne savons pas du tout où nous vivrons, ce que nous ferons ni comment nous nous réhabituerons au quotidien parisien ; mais en dépits de toutes ces questions qui restent en suspens, nous sommes sereins et surtout immensément heureux parce que nous rentrons riches de milliers de souvenirs, d’apprentissages et d’amitiés. Une chose est en effet certaine : cette Aven’tour nous aura marqués à vie.

 

Pendant plus d’1 an, nous avons découvert des pays et des cultures radicalement différents, vécu dans des conditions diverses et variées et surtout rencontré des hommes et des femmes qui nous ont profondément touchés – que ce soit les Missionnaires de la Charité, les autres volontaires, les patients que nous côtoyions quotidiennement ou les nombreux inconnus qui nous ont aidés lors de ce voyage. Toutes ces personnes, tous ces moments, toutes ces situations et émotions nous ont énormément appris et nous ont peu à peu façonnés au cours de cette année ; nous rentrons à présent changés. Pas dans notre personnalité – un des constats de cette Aven’tour est entre autres que l’on a beau aller à l’autre bout du monde, on reste le ou la même, avec ses qualités et avec ses défauts – mais dans notre vision de la vie, de l’Homme et du monde ; et, bien sûr, nous revenons grandis dans la Foi !

 

Nous essaierons ici de mettre des mots sur les magnifiques leçons que nous retiendrons de cette Aven’tour extraordinaire :

L'Amour est ce qu'il y a de plus important !

La plus grande leçon de cette Aven’tour est sans aucun doute celle-ci : l’amour est ce qu’il y a de plus important ! Comme le dit si bien Mère Teresa elle-même : « Ce qui compte ce n'est pas ce que l'on fait mais l'AMOUR avec lequel on le fait ».

 

Le plus important n'est pas le FAIRE mais l'ETRE, pas de faire le maximum de choses, d'être le plus efficace possible, d’accomplir tout à la perfection, mais de mettre de l’amour dans ce que nous faisons, d’agir avec joie et respect pour l’autre, de prendre du temps avec les hommes, les femmes et les enfants que nous voulons aider en leur montrant qu'ils ont du prix à nos yeux et qu'ils sont dignes d'être aimés. En fait, si je devais résumer chacune des missions que nous avons accomplies, si je devais répondre à la question « qu’avez-vous fait de vos journées ? », je dirais... AIMER.

Aimer, cela veut dire jouer avec la jeune Marocaine qui a été rejetée de chez elle parce qu'elle est tombée enceinte dans une société qui condamne toute union hors mariage, rire avec elle et devenir son amie ; cela veut dire parler avec la petite grand-mère péruvienne qui a été placée chez les sœurs parce que plus personne ne veut s'occuper d'elle, éplucher les pommes de terre à ses côtés en échangeant des sourires ; cela veut dire bercer tous ces bébés abandonnés que nous avons côtoyés à Santiago, leur donner le plus d'affection possible et les stimuler pour qu'ils marchent, mangent seuls, deviennent propres ; cela veut dire serrer dans nos bras ces hommes et ces femmes que nous avons rencontrés au cours de nos 2 mois de mission au mouroir de Calcutta, prier avec eux, les faire rire et prendre soin d’eux avec le plus d’attention possible ; cela veut dire jouer avec les enfants dont s’occupaient les Missionnaires de la Charité de Phnom Penh, ou encore s’asseoir tout simplement à côté des hommes et des femmes handicapés de Shkodra, chanter pour eux et leur montrer que nous les aimons et les respectons malgré leurs différences.

 

Aimer, cela peut aussi vouloir dire accepter d’éplucher des oignons toute seule dans la cuisine, de faire la vaisselle après chaque repas, de rester des heures aux toilettes pour nettoyer les hommes ou d’étendre le linge dehors pendant que les autres volontaires passent du bon temps avec les patients.

 

Finalement, quel que soit ce que nous faisons, l’important est l’amour avec lequel nous le faisons. Les frères Missionnaires de la Charité me l’ont ainsi rappelé lorsque je m’appliquais à compter le nombre de morceaux de tomates que j’avais disposés dans chaque assiette : « Cela n’a pas d’importance ! Tant que c’est fait avec amour… ». Effectivement, mon ami Adrian, que j’aidais à manger chaque jour, s’en fichait pas mal du nombre de morceaux de tomates dans son assiette ; ce qui le touchait c’était que je lui aie préparé une belle assiette et que je passe du temps avec lui pour qu’il mange à son aise ! Et en retour son sourire taquin m’apportait tant de joie…

 

Nous étions donc partis pour servir, pour aider, pour être efficaces ; chacune des journées passées chez les Missionnaires de la Charité nous a permis de comprendre cela : l’important n’est pas d’être utile mais de rayonner de joie car le plus beau des remèdes pour réconforter, guérir, consoler, c’est… l’Amour ! Et la pire des réactions face à la détresse c’est… l’indifférence ! L’indifférence, c’est refuser de considérer celui que nous croisons comme une personne digne d’attention ; c’est lui ôter toute humanité et laisser s’accroître en lui un manque criant d’amour… là où un sourire, une parole, un geste, feraient une différence immense ! Nous avons donc tous le devoir de combattre l’indifférence en distribuant ces petites marques d’amour et de joie partout autour de nous : que ce soit au SDF que nous croisons sur le trottoir, à la petite grand-mère que nous apercevons toujours seule à la boulangerie ou à cet enfant qui nous demande de l’argent dans le métro…

Parsemons nos vies de bonheurs simples et de joies immenses !

Nous nous amusons régulièrement à dire que nous venons de prendre 10 ans de mariage en une année, tant cette année fut riche ; nous avons rencontré tellement de personnes marquantes, vécu tellement de moments forts, connu tellement de situations bouleversantes et vu tellement de paysages divers et magnifiques que le début de notre Aven’tour nous semble bien loin ! Tout au long de cette année, nous avons donc eu le sentiment de vivre plus intensément, de savourer chaque instant, chaque rencontre, chaque surprise du voyage ; et tout au long de cette année, nous n’avons cessé de nous dire que la vie est sacrément belle… et qu’il est important d’en profiter autant que nous le pouvons, dans les choses les plus simples comme dans les plus grandioses !

 

Il est vrai qu’au cours de cette année nous avons vu des choses terribles et rencontré des personnes vivant dans une grande détresse matérielle, affective et/ou spirituelle ; mais l’Espérance était toujours présente au travers de ceux qui venaient en aide à ces pauvres personnes, que ce soient les Missionnaires de la Charité, les volontaires ou les workers – la vie triomphait à chaque fois. Dans toutes ces situations bouleversantes que nous avons connues, la joie prenait toujours le dessus. Cette joie nous a fait comprendre qu’un simple sourire peut illuminer les ténèbres les plus profondes et que nous avons le devoir de porter un regard optimiste sur la vie. Elle a également renforcé notre souhait de savourer chaque instant de notre propre vie, de réaliser nos rêves les plus simples comme nos envies les plus folles, en bref d’être heureux chaque jour et jour après jour.

 

Elle a certes ses parts d’ombre et de mystère mais à nous de rayonner de Joie et d’Espérance pour le crier sur tous les toits : la vie est belle !!!

Voyons l'autre comme un trésor !

Nous rentrons donc avec un regard positif sur la vie mais également sur l’Homme. Nombreuses sont les remarques négatives que nous avons entendues sur notre génération – des jeunes qui ne pensent qu’à l’argent, une jeunesse qui n’a pas le sens des responsabilités, des geeks qui ne pensent qu’aux technologies et détruisent le lien social… Et bien on peut vous dire qu’au cours de cette Aven’tour nous avons rencontré un sacré nombre de jeunes assez extraordinaires ! La mission qui nous a le plus marqués sur ce point est bien évidemment Calcutta : chaque matin, nous étions près d’une centaine de volontaires à nous retrouver à la Maison-mère autour du petit-déjeuner offert par les sœurs, avant de partir en groupes vers les différents foyers de Mère Teresa. Et chaque matin, nous nous disions en récitant la prière des volontaires que toutes ces personnes rassemblées étaient porteuses de Joie et d’Espérance pour le monde de demain !

Cette leçon d’humanité ne se réduit toutefois pas à Calcutta ; tout au long de notre périple, nous avons été aidés par des centaines de personnes qui ne nous connaissaient pas et nous ont pourtant ouvert les portes de leur cœur, de leur voiture ou de leur foyer ! Pendant 1 an, nous avons reçu tellement de leçons de générosité : que ce soit de la part de tous ceux qui nous ont pris en stop de Paris à Casablanca, en Argentine, au Chili, en Nouvelle-Zélande ou en Inde ; que ce soit les sœurs indiennes qui nous ont hébergés à Auxerre, Aïcha & Lahcen à Perpignan, Blanca et ses filles à Barcelone, Laetitia à Valence, Kebe à Tanger, les Gervais de Lafond puis Margaux à Rabat, les du Sartel à Mohammedia, Amélie, Jérôme et leurs 6 merveilleux enfants à Casablanca, les frères Franciscains à Meknès, Adélaïde & Maximo puis les cousins Sauvé à Lima, Maria et sa famille à Cusco, le Père Antonio à Arequipa, les amis et la famille de Silvia partout en Argentine, Marie, Amaury et Alban puis les cousins Mizgier à Santiago, mes amis néo-zélandais ainsi que leurs connaissances partout en Nouvelle-Zélande, Maud et sa famille à Delhi, les amis du Père François dans les petits villages cambodgiens que nous avons visités, Bénédicte à Phnom Penh ou encore Magda & Entela à Tirana… ; ou que ce soit de la part de tous ceux qui nous invités à partager un verre ou un repas parce qu’ils savaient que nous avions choisi de vivre simplement pendant cette année : nous étions partis pour donner, et nous avons tellement reçu ! Merci à tous ces amis que le Seigneur a mis sur notre route et avec qui nous avons partagé de si beaux moments de joie ! Tout au long de notre Aven’tour, ces personnes n’ont cessé de faire résonner en nous les paroles que le Père François avaient prononcées lors de notre messe de départ, le 23 avril 2016 : « Vous partez pour servir mais c'est en réalité vous que l'on servira ; vous partez pour laver les pieds des plus pauvres mais c’est en fait à vous que l’on lavera les pieds ! ». 

Plus que jamais, nous rentrons donc convaincus que l’Homme est bon et qu’il ne faut jamais se fier aux apparences : derrière un conducteur un peu louche au premier abord peut se cacher quelqu’un qui sera prêt à faire un grand détour pour nous rapprocher de notre destination ; derrière un Birman un peu timide peut se révéler un homme d’une grande générosité qui t’offrira des oranges alors que tu n’avais rien demandé ; et derrière un gars apparemment bourru peut se cacher un volontaire d’une grande tendresse prêt à sacrifier ses 2 semaines de vacances de Noël pour venir en aide aux pauvres de Calcutta…

 

Enfin, nous devons évidemment mentionner ici les Missionnaires de la Charité, ces milliers de femmes qui ont fait don de leur vie pour servir dans la joie les plus pauvres d’entre les pauvres ! Nous avons côtoyé les sœurs au quotidien lors de nos missions et pas une seule fois nous n’en avons vu une se plaindre ou afficher un visage triste ; et, chaque jour, nous pouvions voir les Missionnaires de la Charité se donner à fond pour aider les plus vulnérables et leur apporter le plus de joie et d’amour possibles ! Ces magnifiques exemples de générosité et d’humilité nous ont grandement édifiés ! Merci Seigneur pour toutes ces petites Mère Teresa de l’ombre qui nous aident à voir Jésus dans les plus pauvres et ainsi à mieux vivre l’Evangile !

Protégeons la beauté de notre monde !

Cette année de voyage nous a plus que jamais permis de voir combien le monde est sublime. Nous avons vu des paysages si variés et magnifiques au cours de cette Aven’tour… mais également tant de lieux dont la beauté était gâchée par le non-respect de l’homme… Nous rentrons des étoiles plein les yeux mais aussi plus que jamais décidés à défendre la protection de cette nature si belle qui nous a été donnée en partage. Chaque homme est responsable du monde magnifique dans lequel nous vivons – à chaque homme d’en prendre soin en évitant de jeter n’importe quoi dans la nature et en évitant le gaspillage en tout genre – y compris en denrées alimentaires : s’il-vous-plaît, ne gâchez pas votre nourriture ! Tellement de gens seraient ravis de manger le reste de riz dont vous ne voulez plus…

 

Nous vivons sur une planète regorgeant de paysages à couper le souffle donc je vous en conjure : respectez-la ! 

Notre vie au retour...

A la question « avez-vous changé ? » que beaucoup nous poseront à notre retour, la réponse sera donc bien évidemment « oui ! ». Ce serait terrible de ne pas avoir changé après une telle aventure ! Nous avons rencontré trop de personnes marquantes, vécu trop de moments bouleversants et vu trop de choses terribles ou magnifiques pour rentrer tels que nous sommes partis. Nous rentrons avec nos qualités et avec nos défauts mais cette Aven’tour a changé le regard que nous portons sur notre propre vie et nous a permis de poser les fondations de la vie de couple marié que nous souhaitons mener : nous voulons une vie où chaque journée regorge de bonheurs simples et une vie tournée vers l’Autre, quel qu’il soit.

 

A un volontaire qui lui avait avoué ne se sentir utile qu’en Inde, auprès de ceux qui mouraient dans la rue, Mère Teresa avait répondu : « trouve ton Calcutta chez toi » ; après cette année autour du monde, nous rentrons donc pour nous installer à Paris et aider ceux qui en auront besoin autour de nous. Mère Teresa disait également que dans les pays occidentaux les gens ne mourraient pas forcément de soif d’un verre d’eau ou de faim d’un morceau de pain mais de soif d’amour et de faim d’attention… Nous avons la chance d’avoir reçu énormément d’amour de la part de nos familles et de nos amis, et d’être profondément heureux l’un avec l’autre ; à nous donc de mettre le plus de joie et d’amour dans chacune de nos journées pour savourer tout ce que la vie nous offre et apporter un peu de lumière à ceux qui en manquent !

 

Cette année ne fut donc pas une parenthèse mais le tremplin vers une vie qui nous ressemble ! En quelque sorte, la véritable Aven’tour ne fait que commencer… 😉

Albanie, avril 2017